Emeline HAUPAIS – Consultante
15 mars 2018
  • Finance
  • Chronique

Budget participatif : quand les citoyens prennent la parole

La ville de Quimper a mené récemment une démarche inédite laissant la possibilité aux habitants de s’exprimer sur les politiques publiques afin d’orienter les choix budgétaires. Face à un contexte financier difficile, le budget participatif se présente comme une solution nouvelle et alternative aux collectivités. Dans la pratique, comment marche ce dispositif ? Retour sur l’exemple de Quimper et tour d’horizon des pratiques actuelles.

Quimper :  une démarche pédagogique et consultative avant tout

La ville de Quimper a invité les Quimpérois à s’exprimer sur les politiques publiques telles que l’enfance et l’éducation, la culture, le sport ainsi que l’espace public.

·      Présenter aux habitants le fonctionnement d’un budget

La première des étapes a consisté à faire de la pédagogie. En effet, pour mieux faire comprendre aux habitants l’élaboration et le fonctionnement d’un budget, le maire de la ville s’est chargé d’expliquer l’évolution des subventions de l’Etat aux collectivités. En saisissant mieux les enjeux d’un budget municipal, les habitants ont pu faire des propositions plus adaptées et réalistes.

  • Les ateliers citoyens

La ville de Quimper a ensuite mis en place des « ateliers citoyens » au cours desquels les habitants ont été invités à s’exprimer sur leurs peurs et leurs attentes concernant ces quatre politiques publiques.

·      Une participation prometteuse

Plus de 400 habitants se sont ainsi déplacés dans le cadre de cette opération, dont 260 sur les « ateliers citoyens ». 1 500 réponses ont été formulées, notamment sur les modes de garde des enfants, les repas à la cantine ou encore les pistes cyclables. Le directeur financier de la ville explique que les réponses permettront de « fixer un plan pour faire évoluer le cadre des politiques publiques dès le budget 2018 ».

Un nouveau concept qui fait des adeptes

·      Le « participatif », un phénomène « tendance »

A l’origine, ce dispositif de démocratie participative a été initié en 1989 à Porto Alegre au Brésil, avec l’objectif de générer plus de cohésion sociale et de partager les richesses. L’idée d’associer les citoyens aux décisions locales concernant l’utilisation des ressources publiques est de plus en plus populaire. En France, sur l’année 2017, le nombre de budgets participatifs s’élevait à 46, soit quasiment deux fois plus qu’en 2016.

·      Des expériences variées

Il n’existe pas un profil type de commune qui adopte le budget participatif. Le dispositif n’étant pas encadré par la loi à ce jour, les communes choisissent de le mettre en place avec des caractéristiques et des particularités qui leur sont propres. Le montant alloué au budget participatif oscille généralement entre 1% et 5% du budget d’investissement d’une commune. A Grenoble par exemple, la ville a décidé de dédier 800 000 euros au budget participatif soit 2% de son budget. Les citoyens soumettent chaque année des idées de projets pour leur ville (ruches urbaines, aménagement du parvis d’une école, etc.) et votent pour élire les meilleurs projets.

Si les projets portent souvent sur l’aménagement urbain, ils peuvent également concerner des actions de solidarité. A Rennes par exemple, l’un des projets retenus cette année est la création d’une bagagerie pour laisser aux personnes sans-abri la possibilité d’y stocker leurs effets personnels.

Un budget participatif : pour quoi faire ?

Mettre en place un budget participatif relève d’un choix politique qui répond à plusieurs enjeux :

  • Redonner de la visibilité à l’investissement municipal
  • Valoriser la relation entre les citoyens et leurs représentants
  • Optimiser l’allocation des ressources.

Pour une collectivité, donner la parole à ses citoyens représente une opportunité d’améliorer le contenu de ses politiques publiques grâce à une meilleure perception des carences et des besoins de la population. Certaines communes choisissent même d’allouer une part de leur budget participatif aux quartiers défavorisés de la ville.

Les limites du dispositif

Encore largement minoritaire, le dispositif de budget participatif présente plusieurs limites.

·      A budget limité… pouvoir limité

Selon Antoine Bézard, fondateur du site lesbudgetsparticipatifs.fr, il existe un fossé entre cet outil « dans l’air du temps » et la réalité, souvent plus nuancée : « Les villes qui organisent des budgets participatifs aiment mettre en valeur les sommes dépensées pour donner la parole aux citoyens. Mais (…) on constate surtout qu’il faut rapporter ces dépenses au nombre d’habitants pour voir si elles ont un réel impact sur la vie quotidienne. ».

L’enveloppe du budget participatif de la ville de Paris arrive en tête pour l’année 2016 avec environ 45 € par habitant. Alors qu’en 2016, le montant moyen était de 11,83 €/habitant, il a baissé en 2017 puisqu’il n’est plus que de 8,90€/habitant.

·      La réticence des citoyens, mais pas que…

Parmi les limites à l’essor du dispositif, citons le nombre de participants. La participation actuelle en France est estimée à 5%. On constate que certaines tranches de la population restent totalement en retrait (les moins de 25 ans, les populations précarisées). N’est-ce pas le contraire de la « démocratie participative » ?

Si la participation des citoyens reste l’un des grands défis des budgets participatifs, on note également des réticences de la part des élus pour qui la mise en place du budget participatif entraine inévitablement une perte de marge de manœuvre.

Enfin, la mise en place d’un tel procédé nécessite une forte mobilisation des agents qui ne sont pas toujours préparés et formés pour accompagner le processus.