Hôpitaux : le coût réel de l’absentéisme enfin estimé ?

Hôpitaux le coût réel de l’absentéisme enfin estimé

Hôpitaux : le coût réel de l’absentéisme enfin estimé ?

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Et si l’absence d’un soignant coûtait bien plus que son salaire ? Le projet Valoris, porté par l’EHESP et la Fondation MNH, met à disposition des établissements sanitaires des coefficients permettant d’estimer précisément le coût réel de l’absentéisme et du présentéisme. Le but ? Objectiver les pertes financières liées à la dégradation de la santé des professionnels et démontrer l’intérêt économique d’une politique de prévention ambitieuse.

Mesurer l’impact économique de la mauvaise santé

Initié par l’EHESP et la Fondation MNH, le projet Valoris vise à chiffrer les coûts indirects liés aux arrêts maladie et aux situations de présentéisme (périodes où un agent est présent mais en capacité réduite).

Inspirée de travaux internationaux publiés en 2017, la méthodologie a été adaptée au contexte hospitalier français. Un questionnaire diffusé début 2025 auprès des cadres et directions d’établissements a permis de recueillir 1 400 réponses. Les données exploitables issues des premières remontées (689 questionnaires) ont servi à établir des coefficients par métier et par service.

Ces coefficients traduisent les désorganisations induites par l’absence d’un professionnel : surcharge des équipes, baisse d’efficience, altération de la qualité des soins.

Au-delà du salaire, des surcoûts massifs

La méthode repose sur un principe simple : appliquer un coefficient multiplicateur au salaire journalier et au nombre de jours concernés afin d’intégrer les pertes de productivité et les impacts qualitatifs.

Voici un exemple dans un service de chirurgie (hors cardiaque) :

  • Salaire journalier moyen d’un infirmier : environ 160 euros
  • 100 jours d’absence représentent 16 000 euros de masse salariale théorique
  • Une fois le coefficient appliqué, le coût dépasse 46 000 euros, en intégrant désorganisation et baisse de qualité des soins

Le présentéisme produit des effets encore plus marqués. Sur 300 jours, un infirmier rémunéré normalement ne réalise qu’environ 77 % de sa charge effective. La perte globale pour l’établissement peut alors dépasser 115 000 euros, en cumulant baisse de production et altération qualitative.

Ces montants constituent, selon les chercheurs, une estimation prudente.

Un outil d’aide à la décision pour les directions

Les coefficients proposés par Valoris sont désormais accessibles pour le secteur sanitaire. Un guide opérationnel accompagne les établissements afin qu’ils puissent réaliser leurs propres simulations, métier par métier.

L’enjeu est stratégique : objectiver le retour sur investissement des politiques de prévention, de qualité de vie au travail (QVT) et de maintien en santé. La démonstration économique est claire : investir dans la santé des soignants n’est pas seulement une exigence sociale ou éthique, c’est aussi un levier d’efficience budgétaire à court terme.

Prochaine étape : le médico-social

Les travaux se poursuivent désormais dans le champ médico-social, où le taux d’absentéisme avoisine 13 %, soit 3 points de plus que dans le secteur sanitaire. Un questionnaire dédié est en cours de diffusion afin d’élaborer des coefficients spécifiques à ces structures.

À terme, Valoris ambitionne d’équiper l’ensemble des établissements sanitaires et médico-sociaux d’un instrument de pilotage objectivé du coût de la désorganisation liée à la santé au travail.

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